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Roubaix
3000 est un film de famille d’anticipation politique.
Je suis descendu dans le Sud
avec un magnétophone pour enregistrer mes proches. J’ai récolté
là-bas beaucoup de voix et dès mon retour dans le Nord,
je les ai entendues des heures durant. J’ai tenté d’adopter
une écoute
flottante, et de sélectionner les éléments paraboliques,
ceux qui semblaient au premier abord anodins, mais qui au final dessinaient
une géopolitique
familiale. Il apparaît alors une structure où les générations
cohabitent et
évoluent avec leurs préoccupations et leurs langages singuliers.
Le montage fut mon outil d’écriture. J’élaborai
un scénario
par l’agencement des paroles, l’assemblage des phonèmes,
le chevauchement des interjections.
Il m’importe que les voix ne soient pas jouées, qu’elles
soient spontanées, rythmées, que les dialogues ne soient
pas écrits pour être interprétés. Il y a deux
forces qui luttent dans ce système de conception
: les voix d’un côté sont souveraines et indomptables,
obéissant aux lois de leurs propriétaires. De l’autre
côté, les acteurs, tous Roubaisiens
et amateurs, tentent par le play-back
de jouer leur partition, de donner corps
à ces paroles qui ne sont pas les leurs. Ces deux expressions se
rassemblent lors du tournage, à Roubaix, où l’architecture est riche en collages, en assemblages,
en greffes,
en citations antiques.
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